Cibitoke, Burundi la rentrée scolaire aurait dû être une période de joie, marquant pour des milliers d’enfants le retour à l’école, aux apprentissages et à l’espérance d’un avenir meilleur. Pourtant, dans la commune de Cibitoke et dans la commune de Bukinanyana notamment dans la zone de Buganda, d'une triste réalité s’impose : de nombreux enfants ne franchissent pas les portes des classes. Ils sont plutôt contraints de travailler dans les marchés, sur les routes ou dans des conditions précaires qui bafouent leurs droits fondamentaux.
Le cri d’un enfant oublié
Rencontré sur un marché, un enfant témoigne avec des mots bouleversants :
> « Nous ne faisons pas cela de notre plein gré. Parfois, ce sont nos parents qui nous retirent de l’école, faute de moyens. D’autres le vivent parce qu’ils n’ont pas de parents du tout. Beaucoup sont poussés par la pauvreté à chercher de l’argent de force : certains travaillent dans les bars, d’autres vont creuser de l’or, d’autres encore vendent des produits dans les rues. Quant à certaines filles, elles se tournent vers la prostitution pour survivre. Nous demandons à l’État de faire tout ce qui est possible pour que ce qu’on appelle les droits de l’enfant ne restent pas seulement dans les livres, mais deviennent une réalité. Si les parents n’y arrivent pas, alors l’État doit assumer son rôle de plus grand parent que nous ayons. »
Ce témoignage illustre avec force la dureté du quotidien des enfants à Cibitoke et au Burundi en général.
Des chiffres qui parlent
Le constat n’est pas seulement visuel ou anecdotique, il est également confirmé par des statistiques alarmantes :
Près de 19 % des enfants burundais sont impliqués dans le travail des mineurs, selon l’UNICEF (2023).
Plus d’un quart (25 %) des enfants de moins de 18 ans travaillent dans des conditions qui compromettent leur santé, leur scolarité et leur avenir (ECOI, 2022).
Le Burundi figure parmi les pays où la pauvreté, le chômage et l’insécurité alimentaire poussent le plus d’enfants à abandonner l’école.
Dans les deux communes (Cibitoke et de Bukinanyana), plusieurs centaines d’enfants ont été recensés hors du système scolaire dès la rentrée 2025, contraints de s’adonner à des petits boulots pour survivre.
Ces chiffres traduisent une urgence nationale.
Une violation flagrante des droits de l’enfant
Le Burundi a pourtant ratifié la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE) et a inscrit dans sa Constitution le droit de chaque enfant à :
- recevoir une éducation gratuite et obligatoire,
- bénéficier de la protection contre l’exploitation et la violence,
- jouir du droit au repos et au jeu,
- grandir dans un environnement sain et protecteur.
La réalité à Cibitoke et à Bukinanyana démontre un écart dramatique entre les textes et leur application.
Les causes profondes
L’exploitation des enfants résulte d’un enchevêtrement de facteurs :
1. La pauvreté chronique : de nombreuses familles vivent avec moins de 10000fbu par jour. L’enfant devient alors une main-d’œuvre pour compléter les revenus.
2. La déscolarisation précoce : faute de moyens pour acheter uniformes, cahiers ou payer des contributions, beaucoup d’enfants abandonnent l’école.
3. L’absence ou perte des parents : orphelins de guerre, de maladies ou abandonnés, certains enfants sont livrés à eux-mêmes.
4. La culture de banalisation : dans certaines communautés, voir un enfant travailler est encore perçu comme « normal ».
5. Le manque d’alternatives de loisirs et de suivi : l’enfant déscolarisé n’a ni encadrement, ni activités constructives.
Des conséquences dévastatrices
Les effets de l’exploitation des mineurs sont profonds et durables :
Perte du capital humain : un enfant non scolarisé aujourd’hui devient un adulte sans compétences demain.
Cercle vicieux de pauvreté : génération après génération, la misère se perpétue.
Problèmes de santé : charges lourdes, travaux domestiques pénibles ou prostitution détruisent la santé des enfants.
Vulnérabilité accrue : ces enfants deviennent des proies faciles pour les trafics, la criminalité ou les abus sexuels.
Frein au développement national : un pays qui sacrifie son enfance compromet irrémédiablement sa stabilité et son progrès.
Que faire ? Des pistes de solutions
Pour briser ce cercle vicieux, des actions urgentes et coordonnées doivent être mises en œuvre :
1. Renforcer l’application des lois interdisant le travail des mineurs.
2. Mettre en place des programmes de soutien social pour les familles vulnérables.
3. Développer l’éducation inclusive et gratuite en réduisant les frais cachés qui découragent les parents.
4. Offrir des alternatives de loisirs et de sport pour occuper les enfants de manière constructive.
5. Multiplier les campagnes de sensibilisation auprès des familles et communautés.
6. Encourager l’implication de la société civile et des ONG dans la protection de l’enfance.
Une responsabilité collective
Comme l’a rappelé Mitterrand Ndayikengurukiye, Secrétaire exécutif de la commune Cibitoke :
> « Un enfant qui ne va pas à l’école ou qui n’est pas protégé n’a pas de futur. Le parent ou toute autre personne qui emploie un enfant à des travaux inappropriés, ou qui lui confie des marchandises à vendre dans la rue, contribue à tirer le pays en arrière. Toute personne prise en flagrant délit sera sanctionnée conformément à la loi. »
Ce message souligne que la protection de l’enfant est une obligation morale, légale et nationale.
En résumé
L’exploitation des enfants à Cibitoke et à Bukinanyana n’est pas seulement une tragédie locale, mais une alerte nationale. Elle nous rappelle que sauver l’enfance, c’est sauver l’avenir du Burundi.
Les enfants ne devraient pas être sur les marchés ni dans les carrières d’or, mais dans les écoles, les terrains de jeu et les bibliothèques. Le Burundi a besoin de bâtir son futur avec des citoyens instruits, épanouis et protégés.
L’heure n’est plus aux promesses, mais à l’action concertée comme le dit chaque fois son Excellence Président de la République du Burundi Evariste Ndayishimiye.
Références
ECOI – European Country of Origin Information Network : Burundi – Children’s rights and child labour, 2022. Disponible sur : ecoi.net
UNICEF Burundi : Éducation – Pour que chaque enfant apprenne, 2023. Disponible sur : unicef.org/burundi/education
UNICEF USA : Burundi – Child Protection and Child Labour Data, 2023. Disponible sur : unicefusa.org
Par Nzambimana Edouard